Interview de Pierre-Yves Le Borgn‘ (PS), version française

Pierre-Yves Le Borgn’, né le 4 novembre 1964 à Quimper (Finistère) est un juriste international et homme politique français membre du Parti socialiste et du Parti socialiste européen. Il est député de la septième circonscription des Français de l’étranger depuis juin 2012. Il est le Président du groupe d’amitié France-Allemagne à l’Assemblée Nationale.

Die VI. Republik: Bonjour Monsieur le Député, le 29 janvier Benoît Hamon a remporté la primaire citoyenne. Allez vous soutenir Hamon à l’élection présidentielle ?

Pierre-Yves Le Borgn‘: Je tiens d’abord à féliciter Benoît pour sa désignation, obtenue au terme d’une belle campagne dont il aura été la révélation. J’ai partagé certains combats avec lui durant la législature, en particulier sur la déchéance de nationalité et la prolongation de l’état d’urgence. J’ai en revanche assumé des choix et votes différents des siens sur la politique économique, la loi Macron et la loi travail. Il m’est difficile dans ces conditions de prendre part activement ou utilement à sa campagne. Je n’aurais aucune crédibilité à demander l’abrogation de la loi travail alors que je l’aie soutenue et votée. En matière économique, j’ai défendu l’introduction d’une dimension d’’offre par opposition à une politique fondée seulement sur la demande en raison de l’état de désindustrialisation de la France Je ne peux pas non plus soutenir son idée d’un revenu universel d’existence hors de toute condition de ressource, que les entreprises et les investisseurs interprèteraient comme un renoncement de la France à se battre pour  la croissance et les revenus du travail. La France a besoin d’une industrie.

VI: Beaucoup des socialistes se retrouvent dans une situation pareille à la votre. Parmi eux, on trouve aussi des députés qui ont déjà annoncé leur ralliement à la campagne d’Emmanuel Macron. Allez vous soutenir Macron ?

PYLB: Je n’ai pas d’hostilité à l’égard d’Emmanuel Macron, que je considère comme un homme de gauche et de progrès. J’ai eu plaisir à travailler avec lui lorsqu’il était Ministre, notamment en soutien à de jeunes sociétés françaises qui souhaitaient entrer sur le marché allemand. Une bonne partie de ses propositions économiques me paraissent intéressantes pour la construction d’une industrie française performante. Toutefois, j’attends qu’il explique sa démarche de candidat à l’égard d’une majorité parlementaire. S’il gagne la présidentielle, il aura en effet besoin d’une majorité à l’Assemblée Nationale pour mettre en œuvre son programme. Je suis fier de mon engagement au Parti socialiste. Je ne pourrais soutenir une démarche dont le PS serait exclu. En Marche est un mouvement d’idées que je suis comme tant d’autres depuis  avril 2016, mais je reste attaché à ma famille politique. Si En Marche devient un parti concurrent du mien, je ne pourrai en être. J’espère qu’Emmanuel Macron parlera à cette gauche de gouvernement qui a déjà mené beaucoup de combats au travers de son histoire et dont la France a besoin.

VI: Vous n’avez pas peur de perdre votre investiture du Parti socialiste aux législatives ?

PYLB: Je suis bien conscient que cette liberté que j’exprime ainsi  est dangereuse, mais pour moi c’est la diversité de parcours au sein du Parti socialiste qui fait sa force. J’ai une fibre rocardienne et deloriste depuis mon adhésion en 1988, au temps des études. Ma référence est Pierre Mendes France. Rocard, Delors, Mendes, tous ont connu des détracteurs et des moments difficiles dans notre famille politique. On ne les a jamais mis dehors, fort heureusement. Je rappelle que dans un passé récent, il y a déjà eu des moments durant lesquels certains leaders du parti n’ont pas été d’accord avec le choix majoritaire des militants. Benoît Hamon et Arnaud Montebourg ont par exemple défendu le  „Non“ lors du référendum de 2005 sur le projet de Traité constitutionnel européen alors qu’un vote interne au PS avait pris position pour le „Oui“. Leur choix a été respecté. Ce n’était certes pas simple, mais c’était tant mieux. Cette diversité est une force.

VI: Il me semble que le clivage pro-européen / anti-européen est très présent au sein de la gauche française…

PYLB: Il n’y a jamais eu en France depuis le président François Mitterrand une parole européenne ambitieuse, positive et affirmative. On n’a jamais assez expliqué l’Europe en France et donc tout qui apparaît décidé à Bruxelles et Strasbourg est considéré comme une contrainte. Mais l’Europe ne peut pas être réduite à la directive sur le détachement des travailleurs. L’Europe nous a apporté la paix, le développement économique. Il faut transporter ces idées et tenir des discours qui donnent l’envie de l’Europe ! Il faut parler de l’Europe avec passion comme le font Sylvie Goulard, Martin Schulz, Daniel Cohen-Bendit ou Emmanuel Macron par exemple. Le PS doit retrouver cette volonté européenne-là.

VI: Beaucoup des hommes politiques de la gauche demandent des investissements du gouvernement allemand dans l’ensemble de la zone euro. Est-ce que la puissance économique de l’Allemagne a affaibli la France ?

PYLB: Non, les problèmes de la  France sont d’abord des problèmes français. Bien entendu, je souhaite que l’Allemagne utilise les excédents de sa balance commerciale afin d’investir sur le territoire allemand en matière d’infrastructures. Ça fera du bien à la population allemande, et aux autres Etats membres de l’UE. Néanmoins, la France doit avant tout résoudre ses propres difficultés de compétitivité  par la mise en œuvre de reformes ambitieuses.

VI: La notion des „réformes“ est du côté gauche liée à Tony Blair et Gerhard Schröder…

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Le Président de l’Assemblée Nationale, Claude Bartolone, et Pierre-Yves Le Borgn‘

PYLB: Si on voit les réformes exclusivement comme des contraintes, cela veut dire qu’on accepte de facto la société telle que l’est, avec un chômage de masse, la désindustrialisation et la pauvreté qui s’installe. Personnellement, je ne saurais m’y résoudre. Les moments où la France a été la plus prospère se sont toujours inscrits dans le cadre d’une industrie florissante. Pour justifier les réformes, il faut regarder ceux dont la place dans la société est mise à mal : les jeunes qui ne trouvent pas du travail, les personnes qui voient leur travail disparaître. C’est à eux qu’il nous faut nous adresser prioritairement. A cet égard, les réformes proposées par François Fillon sont catastrophiques parce qu’il mettrait à mal, avec la suppression de 50 000 postes de fonctionnaire, l’éducation nationale et la formation professionnelle, essentielles pour développer l’accès à l’emploi et la formation tout au long de la vie.

VI: Vous êtes le député des français établis hors de la France en Allemagne. Quel est le sujet que les touche le plus ?

PYLB: Le sujet principal pour les Français en Allemagne et aussi pour le reste de la circonscription, ce sont les questions fiscales et l’assurance sociale. Où déclarer ses impôts, comment le faire ? Où cotiser ? L’éducation aussi est promordiale, tant par les lycées français que la reconnaissance, essentielle, de filières bilingues et cursus bi-diplômants. Je pense également à l’accès au service public français à l’étranger.

VI: Le gouvernement a supprimé les classes bi-langues dans le cadre de la réforme du collège. Votre adversaire Philippe Gustin vous reproche de ne pas avoir fait assez pour combattre cette décision en tant que président du groupe d’amitié franco-allemande à l’Assemblée Nationale. Qu’est-ce que vous lui répondrez ?

PYLB: Je lui répondrai qu’il est de mauvaise foi. J’ai interpellé à de très nombreuses reprises le gouvernement à ce sujet. Depuis le début de cette affaire au printemps 2015, mon site regorge de tous les posts, articles, tribunes et compte-rendus de démarche que j’ai engagés. J’ai ainsi écrit une tribune dans la FAZ et Les Echos avec mon homologue, Andreas Jung, le président du groupe d’amitié Allemagne-France au Bundestag. J’ai fait signer une lettre de protestation par 60 députés de tous les partis, depuis les Républicains jusqu’au Parti communiste. En tant que membre de la majorité gouvernementale à l’Assemblée Nationale, j’ai cherché des soutiens au sein de mon groupe parlementaire, mais je me suis aussi rapproché de membres de l’opposition (qui m’ont d’ailleurs rendu hommage plusieurs fois à l’occasion de questions au gouvernement) afin de mener une action commune de défense de l’apprentissage de l’allemand. Il y a 3 semaines, j’ai entrepris d’interpeller tous les candidats à la présidentielle en leur demandant leur proposition sur le rétablissement des classes bi-langues. Ce matin encore, j’en parlais avec Benoît Hamon. Les faits démontrent ainsi mon engagement plein et entier et il est regrettable  que Philippe Gustin m’attaque sur ce thème.

VI: Quel est le bilan du gouvernement actuel dans l’amitié franco-allemande ?

PYLB: Je retiens notamment les initiatives de mobilité à destination des jeunes, en particulier le nouveau volontariat « opportunités » lancé par l’OFAJ et un renforcement des échanges dans la formation professionnelle. Je me suis réjoui aussi de l’engagement conjoint dans la lutte contre les discriminations et pour la diversité, avec l’instauration en Allemagne d’un « label diversité » pour les administrations publiques inspiré du modèle français et le lancement en France d’une journée de la diversité, comme cela se fait en Allemagne. Je regrette cependant que le couple franco-allemand ait été un peu lent au démarrage en 2012-2013. Si les personnalités du Président François Hollande et de la chancelière Angela Merkel se sont révélées finalement assez compatibles, je regrette que la parole rare d’un côté (la Chancelière) et la parole trop prolixe de l’autre (le Président) ait conduit à une faible dynamique initiale. Dès lors, les  discours de François Hollande ont pu parfois être perçus comme ambigus par des Allemands qui préfèrent la clarté. C’est toujours mieux cependant que le couple précédent, le style et l’activisme du Président Sarkozy étant rigoureusement incompatibles, je crois, avec l’attente de nos amis allemands. Il faut que nous nous engagions sur des questions très concrètes, comme par exemple en droit de la famille. On a construit un droit du mariage franco-allemand, mais il nous faut aussi un droit du divorce franco-allemand, un droit franco-allemand des succession. Il nous faut des coopérations franco-allemandes qui se concrétisent dans l’industrie, notamment dans les énergies renouvelables, les économies d’énergie et le secteur de la propreté. Malheureusement, aux conseils des ministres franco-allemands, on ne parle guère que de sujets qui ne fâchent pas.

VI: Comment peut-on encourager le développement dans cette amitié franco-allemande ?

PYLB: A mon avis, la relation franco-allemande ne repose pas seulement sur les échanges politiques. Il y a aussi des milliers de gens dans la vie économique et la vie associative qui font vivre cette amitié sous la forme de comités de jumelages, de coopérations entre les chambres de commerce, d’entreprises. On a besoin de ressentir ces engagements au sein de nos parlements. A titre personnel, j’adorerais que le monde associatif franco-allemand viennent à la rencontre des parlementaires afin de jouer un rôle de lobby. Je serais le premier à répondre positivement à leurs attentes.

VI: Merci pour l’interview, Monsieur le Député.

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