Le vote utile et les votes inutiles

Le débat autour du vote utile met en lumière, mieux que tout autre sujet de la campagne électorale actuelle, le problème de la représentativité des courants d’opinion sous la Ve République. Un jour avant le premier tour, beaucoup de Français  sont encore indécis. Même si les Français ne l’avouent jamais, leur système électoral est la cause principale de cette indécision.

Qu’est-ce que le vote utile?

Le vote utile est d’abord un vote stratégique. Un électeur choisit de voter pour un des candidats mieux placés dont il se sent plus ou moins proche, plutôt que pour un candidat représentant mieux sa sensibilité mais dont l’accession au pouvoir est, selon les estimations, peu probable. La logique du vote utile appliquée à la présidentielle en 2017 pourrait conduire un militant de Benoît Hamon à faire le choix de voter pour l’ex-ministre Emmanuel Macron afin d’éviter un duel entre François Fillon et Marine Le Pen, deux candidats qui sont, du point de vue d’un militant PS, moins désirables que Macron, même si l’on peut reprocher à ce dernier, d’avoir écrasé le PS.

Pourquoi la gauche critique-t-elle le vote utile?

Les militants de gauche, tels que le sociologue Didier Eribon, devenu célèbre en Allemagne avec son essai autobiographique « Retour à Reims », affirment que le vote utile en faveur de Macron soutiendrait un candidat de « consensus » qui représente la poursuite du système actuel, la continuité du Hollandisme. Selon Eribon, le système actuel a trahi la classe ouvrière et donc contribué à la montée de l’extrême droite et de Marine Le Pen, qui sont perçus comme des alternatives « anti-système ». Dans un interview  au journal „Süddeutsche Zeitung“ Eribon juge que « Voter Macron, c’est voter Le Pen. » Pas en 2017, mais en 2022.

Quel est le problème de cette critique?

Cette critique de gauche manque des vraies propositions d’action concrète, à l’exception d’un appel à voter pour Jean-Luc Mélenchon. L’alternative, c’est le vote blanc, en cas de duel Fillon – Le Pen ou bien Macron – Le Pen. Comme le droit électoral ne reconnait pas le vote blanc, il n’entraîne aucun effet sur le résultat. A part une possible victoire de Marine Le Pen qui pourrait bénéficier de l’abstention, comme son père Jean-Marie en 2002.

Le problème : il y a des électeurs socialistes ou de gauche qui ne sont pas favorables au projet de « négociations dures » avec les autres Etats de l’UE et à la politique étrangère qui Mélenchon propose. Ils tendent donc plutôt vers Hamon ou Macron. De plus, un militant PS a intérêt à éviter que Hamon finisse à moins de 5%, ce qui priverait le PS du remboursement du financement de campagne et mènerait le Parti à la faillite. Cette critique de gauche reproche aux électeurs de renforcer Marine Le Pen, même si le vote blanc augmente les chances d’une victoire électorale Le Pen, ce que ces militants de gauche semblent ignorer. La réponse de ceux qui critiquent le vote utile est donc un autre vote utile ou un vote blanc.

Une autre solution possible?

Le fond du problème est le système électoral majoritaire, qui rend « inutile » la majorité des voix au premier tour, parce qu’elles ne sont pas représentées. Le nouveau Président de la République ne gagnera probablement qu’un quart des voix du premier tour. Ça veut dire que, au plus tard au deuxième tour, le vote a toujours une nuance d’utilité. Ceci est encore plus dramatique lors des élections législatives, où un parti qui recueille  13% des voix au niveau national finit, en raison du mode de scrutin, avec deux mandats à l’Assemblée Nationale, ce qui représente 0,35% des députés au parlement. Ceux qui sont favorables à ce mode de scrutin affirment qu’il permet de rendre les partis extrémistes comme le FN, faibles. Cette thèse sera probablement réfutée en juin.

A long terme, la France ne répondra au débat du vote utile qu’en répondant au problème de la représentation  avec l’introduction d’un système électoral proportionnel, malgré la mauvaise expérience de la IVe République qui a vu des gouvernements instables et faibles. Les partis prennent aujourd’hui le rôle des comités électoraux et abandonnent souvent leurs programmes juste après l’élection à cause des différents courants internes. Dans un mode de scrutin à la proportionnelle, ils pourraient réinterpréter leur rôle et seraient obligés de coopérer au niveau programmatique. Un nouveau système électoral résoudrait le problème de la représentativité des différents courants d’opinion en France et rassemblerait ceux qui sont prêts à gouverner, au lieu de donner la victoire à une majorité qui n’a aucune vision cohérente.

Foto: By Rama (Own work) [CeCILL (http://www.cecill.info/licences/Licence_CeCILL_V2-en.html) or CC BY-SA 2.0 fr (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/fr/deed.en)%5D, via Wikimedia Commons

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