Interview de François Lallemand (LFI)

François-Jérôme Lallemand est le candidat investi par La France Insoumise dans la 7ème circonscription des Français établis hors de la France. Avant le premier tour de l’élection legislative ce dimanche il a répondu aux questions du blogue Die VI. Republik par mail.

Die VI. Republik : Bonjour, qui êtes-vous et pourquoi souhaitez vous devenir député à l’Assemblée Nationale ?

François Lallemand : François Hollande avait été élu sur un programme de lutte contre la finance, mais son reniement dès le début de mandat, jusqu’à l’état d’urgence, a volé à la France la politique de gauche qu’elle désirait. Cinq ans plus tard, la France a plus que jamais besoin de réformes de gauche menées par un Gouvernement de gauche. Or, la couleur de l’Assemblée nationale détermine celle du Gouvernement. Nous avons ainsi besoin d’une majorité parlementaire France insoumise, et c’est dans cette optique que je me présente.
Je suis, à titre personnel, un militant de gauche, bien implanté dans les différents pays de ma circonscription. Je veux être le député de tous les Français pour défendre l’Avenir en commun, notre texte de progrès social et environnemental.

VI : Selon vous, quel est l’état de la gauche en France ?

FJL : La montée d’En Marche ! et l’attrait du pouvoir ont permis à toute une frange d’élus du PS, comme Manuel Valls, de découvrir leur vrai visage droitier. La gauche en France voit l’opportunité de se redécouvrir sans ces profiteurs, qui n’avaient aucune vision sociale et écologique et qui détruisaient l’idée de progrès. La gauche, avec France insoumise, est dans un état de recomposition très prometteur, avec de nouvelles dynamiques plus claires.

VI : Des autres candidats dans la 7ème circonscription des Français établis hors de la France se disent „avec Macron“. Comment jugez-vous cette situation ?

FJL : Que plusieurs candidats se déclarent avec Macron prouve qu’ils n’ont aucune cohérence.
On ne peut pas être sérieusement écologiste si on ne souhaite pas un changement de modèle de consommation (le modèle actuel de croissance n’est pas soutenable) que soutient Emmanuel Macron, ni accepter que les traités européens ne soient pas modifiés pour y ajouter une clause écologique (prise en compte des émissions carbone dans le mécanisme de fixation des prix).
On ne peut pas être sérieusement socialiste si on ne souhaite pas une protection des plus faibles (des minima sociaux européens) qu’Emmanuel Macron veut faire sauter avec le licenciement facilité ou l’explosion des horaires de travail.
Ces candidats sont prêts à renier les idées qu’ils brandissent uniquement pour se ménager une place près du pouvoir. Pour ma part, je soutiens un programme clair, celui de l’Avenir en commun, en toute indépendance et avec constance.
La gauche anti-austéritaire et écologique de la circonscription, c’est bien nous, la France Insoumise : notez je vous prie les soutiens officiels de Isabelle Attard (candidate aux législatives dans le Calvados et qui rassemble derrière elle tous les partis situés à gauche de l’échiquier politique), de Fabio De Masi (député européen Die Linke), Yanis Varoufakis (malgré nos désaccords, et qui soutient aussi De Masi), Oumar Diallo (auteur de „Black Berlin“ et responsable de la Afrika Haus de Berlin), Tarek (auteur de „Paris Tonkar“, qui expose ses œuvres régulièrement dans notre circonscription et qui pratique l’éducation populaire en se rendant dans les établissements scolaires pour y faire partager son savoir et son expérience) —> nous sommes l’espace de convergence des forces de gauche de la circonscription, qui avons en outre préservé notre identité comme notre programme.

VI : Comment-jugez vous la proximité entre Macron et Merkel ?

FJL : On ne peut que se réjouir que les Gouvernements de France et d’Allemagne se rapprochent enfin, et ne se retrouvent pas que sur une ligne atlantiste. À ce propos, l’élection de Trump provoque des effets tout à fait inattendus en terme de recomposition, tout comme la sortie de la Grande Bretagne de l’Union européenne.
Malheureusement, ce rapprochement Macron-Merkel se fait sur la base d’une volonté de déréguler toujours davantage nos économies, et de soumettre les travailleurs à une implacable loi du marché. L’écho suscité par l’embauche forcée de réfugiés à 80 centimes de l’heure en Allemagne montre que le gouvernement CDU/SPD n’a définitivement rien de social, et que nous aligner sur cette politique cynique nous conduira droit dans le mur.
Je souhaite que le Gouvernement, espérons-le de couleur France insoumise, se rapproche du Gouvernement allemand tout en tirant ce rapprochement par le haut : des droits communs nouveaux pour les Européens renforcés.

VI : Quels sont les sujets les plus importants des Français en Allemagne ?

FJL : Les Français d’Allemagne sont et restent avant tout des Français. Il leur importe que la politique conduite en France intègre la dimension Européenne et Allemande, sans s’enfermer dans un repli sur soi ni utiliser le modèle allemand pour détruire les droits obtenus à force de mobilisations au fil du temps en France.
Certes, nous avons, en tant que Français de l’étranger, des besoins spécifiques. Par exemple, les autres candidats proposent de renforcer les bourses d’enseignement. La position de France insoumise est à la fois plus juste et plus simple : devant être soumis à l’impôt universel, les Français hors de France doivent bénéficier de la gratuité des services publics. Ainsi, nous mettrons fin aux bourses au profit d’une gratuité de la scolarité. Il s’agit d’une position égalitaire entre Français, de nature à rassembler la communauté nationale.
Nous voulons également mettre en place des réseaux publics – transport, énergie, télématique – paneuropéens avec gratuité d’un forfait de base. Il s’agit là d’améliorer le bien-être des Européens tout en redirigeant l’Europe vers une direction sociale et écologique au lieu de financière et de concurrence.

VI : Quels sont les chantiers auxquels vous souhaitez vous attaquer en tant que député

FJL : Si nous obtenons une majorité gouvernementale, les chantiers essentiels à mener seront ceux de l’Avenir en commun :
1- définanciariser l’économie, en protégeant les ressources et les services publics contre les spéculateurs et en nous mettant à l’abri de nouvelles crises, en luttant contre la pauvreté, en partageant les richesses et le travail et en offrant aux jeunes une situation digne ;
2- mettre en place une planification écologique passant par une transition vers des énergies renouvelables, une agriculture biologique avec en toile de fond l’aménagement des territoires européens, une construction et une destruction (les déchets) s’intégrant dans un cycle respectueux de la nature ;
3- renforcer la démocratie en national par la convocation d’une Assemblée constituante, au niveau européen en permettant les alternances de politiques au sein de l’Union européenne, à l’international en mettant l’axant sur le multilatéralisme. Ce faisant, nous assurerons le maintien de la paix.

VI : Le score de Mélenchon au premier tour de la présidentielle était faible en comparaison avec le score sur l’échelle nationale. Pourquoi les Français en Allemagne préfèrent-ils voter pour Macron ?

FJL : Les Français de la circonscription, plus ouverts, ont eu peur d’un duel Fillon / Le Pen et croyaient à tort que voter pour Macron était le meilleur moyen d’éliminer Fillon du second tour. Par ailleurs, les Français d’Allemagne sont trop souvent abusés par les étiquettes : dire qu’on est pour l’Union européenne (actuelle) signifie en réalité qu’on est contre l’Europe, car l’Union – qui favorise la concurrence et le chacun pour soi – est le terreau des fascismes. À l’inverse, dire qu’on veut renégocier les traités pour enfin atteindre l’Europe sociale fait de soi un véritable pro-européen. Il faut donc se détacher de l’étiquette pour savoir lire le programme : Mélenchon était le plus pro-européen des candidats puisque favorable au progrès social en Europe.
Enfin, je pense que la presse allemande, non tenue de respecter des temps de parole ni une neutralité à l’égard de la politique française, a joué à plein en faveur de Macron et en caricaturant J. L. Mélenchon.
-> Il s’agit donc de la conjonction de ces trois facteurs particuliers.

VI : Une proposition de Mélenchon était l’introduction d’un „impôt universel“ basé sur la „nationalité du cotisant“. Est-ce que c’est une mesure qui peut plaire aux électeurs en étranger ?

FJL : Comme je vous l’ai dit, cet impôt universel s’accompagne d’une contrepartie fondamentale : l’accès aux mêmes droits que les Français de France. Nous pourrons donc prétendre non seulement au maintien de nos infrastructures françaises à l’étranger, mais également à de nouveaux services : éducation gratuite, réseaux de transports, réseaux d’énergie, partage du savoir (informations et culture gratuits), services consulaires nouveaux (sécurité), etc.
D’autre part, les Français payant généralement plus d’impôts en Allemagne qu’en France, il devraient logiquement voir le fisc français les rembourser de la différence !
Enfin, les Français sont attachés au principe de l’impôt, qu’ils perçoivent comme leur façon de participer à l’effort national et de continuer à faire partie de la communauté.
Vu sous cet angle, on voit mal pourquoi les électeurs ne seraient pas satisfaits de cette mesure fort utile !

VI : Merci pour l’interview !

Lien : Dossier sur les élections législatives dans la la 7ème circonscription des Français établis hors de la France.

Photo: Facebook / François Lallemand 2017

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